Dès les premiers plans, on comprend que Holy Motors est différent. Différent de la plupart des films français, pseudo-comiques ou pseudo-dramatiques que l’on ne prend même plus la peine d’aller voir, si ce n’est lors d’une déprime profonde. Ici, on a à faire à de l’art et non pas à du divertissement.
Holy Motors suit la trajectoire improbable d’Oscar, un personnage a priori ordinaire (Denis Lavant) qui voyage de corps en corps. Tantôt grand banquier bien joufflu, tantôt vieille femme qui mendie dans la rue, Oscar doit incarner onze rôles avant que ne sonnent les douze coups de minuit.
Les métamorphoses s’enchaînent, et comme dans du Lynch, on hésite entre réel et imaginaire. Et comme dans du Lynch, on abandonne notre esprit logique pour se laisser guider par nos émotions, libératrices. Denis Lavant nous fait peur, puis il nous attriste, il nous surprend surtout, sans oublier de nous faire rire.
Tout au long du voyage, on est guidé par Edith Scob au volant d’une limousine blanche, sillonnant les rues de Paris. On rencontre le monstre sorti des égouts de Merde (le segment de Carax dans Tokyo !) dans un cimetière, ou encore Eva Mendes, défilant en burqa. Sans oublier Kylie Minogue, qui nous rappelle avec nostalgie les héroïnes godardiennes. Carax défigure, transfigure.
Avec cette réalisation, Carax dit non à la consommation de masse. Son spectateur ne consomme pas, il s’interroge, il accède par le film à plus grand que lui. Holy Motors transcende.



