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17 août 2012

Interview - Erik Truffaz @ Musique En Stock

par  Félix P., Julie G.

C’est à l’occasion du festival éco-citoyen Musique En Stock à Cluses que nous avons pu rencontrer Erik Truffaz. L’une des grandes figures contemporaines du jazz, originaire de la région, clôturait ce festival gratuit ayant lieu du 4 au 7 Juillet à la programmation riche et atypique.



Erik Truffaz, trompettiste Franco-Suisse de 52 ans, revenait en 2011 avec In Between. On l’avait découvert dans les années 90 à Londres où il participa à l’émulation artistique en vogue qui verra finalement pour concrétisation la naissance de la drum&bass. Souvent comparé à Miles Davis, ces deux là ont en tout cas, mise à part les lunettes de soleil, une chose en commun : la modernité. Véritable nomade, il rencontre les cultures, les épouse, et fait un disque. C’est ainsi qu’il a collaboré avec l’anglo-indien, joueur de tablas Talvin Singh ; le mexicain compositeur d’électro ambiant, Murcof ; ou enfin l’ex membre du Saïan, Sly Johnson.

DH : On va commencer par votre actualité, avec votre dernier album In Between, vous avez changé de quartet. Vous avez changé de claviériste avec M.Corboz.

E.T : Corboz qui est le fils d’un très grand chef d’orchestre classique, Michel Corboz.

DH : Avec ce changement de quartet, avez-vous ressenti un stress comme à vos débuts ?

E.T : Non parce qu’on le connaît très bien. Il a déjà enregistré tous nos disque, c’était l’ingénieur du son de tous nos disques.Avant que je fasse ce groupe on jouait déjà ensemble, dans les années 1980. C’est le copain d’enfance du batteur, et puis je connaissais son niveau de clavier. Il fait plus d’orgue. Et au contraire, quand on change un musicien de la formation, si c’est un bon ça amène autre chose.

DH : Justement nous voulions vous demander ce qu’il apporte de différent.

E.T : Il est beaucoup plus spectaculaire sur scène déjà, il est d’une énergie incroyable et il joue plus d’orgue.

DH : Il laisse aussi peut-être plus de place au silence.

E.T : Pas forcément, Corboz est plus issu de la pop tandis que Müller était plus issu du jazz.

DH : Vous avez commencé votre carrière en même temps que l’émulsion artistique de Londres dans les années 1990, c’était la drum&bass à l’époque.

E.T : J’ai commencé bien avant, mais j’ai commencé à être connu grâce à la drum&bass.

DH : Pouvez vous nous décrire ce style qu’on ne connaît pas forcément ?

E.T : Ce sont les DJ londonniens qui ont trouvé cette musique, ce sont des rythmes hip-hop accélérés. Quelqu’un s’est trompé sur son sampler, ça a donné la drum&bass, et à l’intérieur de ça il y a des gens qui ont fouillé des rythmes et développé des choses comme Goldie, Photek et tous ces gens là. C’est ce que Erbetta (ndlr : Marc Erbetta le batteur du quartet) à repiqué à la batterie.

DH : C’est donc Marc Erbetta qui amène cette dimension drum&bass dans votre jazz.

E.T : Ce qui nous a fait changer de direction c’est Marcello (ndlr : Marcello Guilliani le bassiste du quartet) qui avait un groupe de drum&bass, je jouais avec son groupe à Londres en trio sampler basse et trompette. On s’est dit ensuite que ça serait bien d’adapter ça à notre groupe. On a bossé dans ce sens là et puis on a pris le rappeur Nya avec qui on bossait déjà. Il n’y avait pas de groupe en France qui faisait ça et ça nous a fait très rapidement connaître.

DH : Comme un peu ce qui s’est passé avec Nya, tout au long de votre carrière vous avez été tuteur d’artistes, vous avez aussi collaboré avec Talvin Singh et Murcof, récemment avec Sophie Hunger sur In Between.

E.T : Oui d’ailleur sur le prochain album il y a déjà une chanteuse, Anna Aaron. Oui, on aime bien les voix, donc quand il y a une voix qui nous plait on aime bien travailler avec elle. Il faut que ce soit quelqu’un avec une personnalité qui puisse aussi s’adapter, in between, qui soit entre la pop et la musique instrumentale qu’on fait.

DH : Cela vient de là le titre de votre dernier album, In Between ? Comment l’expliquez vous ?

E.T : Non In between c’était lié à une période d’intermittence du cœur, quand on est entre deux personnes. Ça arrive…

DH : On se demandait justement au niveau de votre processus de création, vos derniers albums étaient souvent en rapport avec des voyages.

E.T : Tu sais ce qu’il se passe c’est qu’on fait des albums et après on cherche des titres. On trouve des fois des titres qui son en rapport avec des voyages. Mais là en l’occurrence j’avais écris le titre in between avant de sortir le disque et avant d’avoir des intermittences du cœur. Et c’est tombé pile de là.

DH : Pour revenir à l’idée de tutorat, est-ce que c’est quelque chose de spécifique dans le jazz ?

E.T : Déjà, on n’est pas un groupe de jazz : on est un groupe de pop instrumentale. Le jazz regroupent tous les groupe qui sont issus de la musique ternaire et qui font de la musique ternaire, nous on ne fait pas de musique ternaire. On fait de la musique binaire, on est beaucoup plus proche parfois de la drum&bass, du funky que de la culture jazz à proprement dite. On a un quartet avec un piano et il y a de l’impro, on fait des festival de jazz, mais pour des jazz men on ne fait pas du tout du jazz, c’est très loin. Pour répondre à ta question, le tutorat est très présent dans le jazz.

DH : Est-ce que vous pensez que ça devrait être appliqué à tous les styles musicaux ?

E.T : Moi je n’arrive pas à penser pour les autres. Mon idée est que quand les gens sont bons, qu’ils soient plus jeunes ou plus vieux, qu’ils soient d’une nationalité ou d’une autre, ils peuvent se mélanger et faire quelque chose de bien. Voilà ce que je pense, je n’ai pas d’idée arrêtée sur la chose. C’est vraiment le résultat qui compte finalement. Tu vois on a engagé Christophe, c’est un chanteur qui a 60 ans, ce n’est pas du tutorat là !

DH : Pour finir, même si ça tombe un peu à l’eau, nous voulions vous demander ce que vous pensiez du jazz à l’heure actuelle.

E.T : C’est multiple, il y a beaucoup beaucoup de jazz différents, c’est une période assez riche au niveau de la créativité. C’est une période un peu pauvre au niveau de la possibilité des jeunes groupes de se faire connaitre. On dit qu’internet permet plein de choses, mais internet permet à quelques groupe de pop de se faire connaitre quand des gens mettent beaucoup d’argent pour qu’ils passent en premier sur des pages ou pour la pub. Les petits clubs, comme à Marseille, où il y avait le Pelle-Mel, existent de moins en moins parce qu’en 10 ans l’ordinateur a permis aux gens qui contrôlent les finances de tout contrôler. Donc les gens au début avaient des clubs mais arrivaient à payer des groupes sans payer de taxes, en bricolant, et à tourner ; aujourd’hui quelqu’un qui ouvre un club a tout de suite la sacem qui lui tombe sur le dos, des impôts… Il faut quand même savoir que le directeur de la sacem gagne 70 000 euros par mois. Je suis content de la sacem, j’en récupère, mais un tout petit peu. Ce sont des organisations qui sont pour moi complètement vouées au capitalisme. Les gens qui ont organisé ça se font des tonnes de fric, beaucoup trop, et ça ça bloque des petits lieux qui sont très important. Avec l’ordinateur tu peux jouer en Pologne, partout, mais tu paye des taxes. Bon les taxes c’est important pour que les pays vivent. Tu as vu en Grèce, ils ne payent pas assez de taxes et c’est le merdier total. Le problème c’est que c’est important mais il faut les mettre au bon endroit. En Grèce ils devraient les mettre sur les armateurs les taxes, et pas sur les pauvres gens. En France les taxes on devraient les mettre sur les gens qui font tout ça et les redistribuer et permettre à des petits club de vivre. Nous on est plutôt de gauche, c’est une vision de gauche. L’ordinateur nous permet de faire des trucs incroyables comme d’enregistrer cette interview, mais en même temps ça permet de fliquer tout le monde. Voilà ce que je pense.

DH : Et la musique électronique par rapport à ça ?

E.T : J’aime bien la musique électronique, j’aime la musique si elle est bonne. Je joue avec Murcof qui fait de la musique électronique. Que l’instrument soit un computer ou autre chose, l’important c’est l’humain qu’il y a derrière, ce qu’il imagine.

DH : Donc comme musique électronique vous écoutez quoi ?

E.T : Je n’écoute pas de musique électronique, plutôt de la musique classique. Mais j’écoute Steve Reich, c’est extraordinaire. J’aime beaucoup la musique de Murcof. L’électro ambiant comme celle de Brian Eno. Brian Eno a fait un disque avec John Hassel en 1973 (ou 74 ?) qui s’appelle Possible World qui était le premier disque d’électro jazz.

DH : Merci beaucoup pour cet interview !

E.T : Merci à vous !



 

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