Darryl Zeuja x Hologram Lo’ – Innercity

In Chroniques d'Albums, Le Mag by Brendan Roué1 Comment

[note4]Aujourd’hui sort Innercity, le projet commun de Darryl Zeuja et de Hologram Lo’. Il nous tardait de retrouver notre Jupiter Jaz après la révélation Darryl Zeuja en 2012 et la sortie de Rue du Bon Son, (projet du collectif XLR) en 2013. C’est donc l’occasion d’apprécier les progrès effectués par le MC de Montrouge et de se délecter d’une collaboration attrayante.

 

Enclenchons donc la lecture et laissons agir notre cortex auditif. Ce qu’on note en premier, c’est la qualité des productions. Si elle tranche aussi rapidement, c’est aussi grâce à l’intensité de l’introduction. Très subtils, les instrus vont s’enchaîner tout au long des 8 tracks du projet sans que leur cohérence ne faiblisse. L’une des principales valeurs ajoutées résulte donc de la finesse de Lo. Le contraste avec Deeplodocus, son projet solo sorti il y a peu, révèle sa capacité à passer de sonorités électroniques à des morceaux jazzy bien léchés.

Puisque nous sommes encore au début de l’album, autant remarquer la présence à mi-parcours, en plus d’une intro et outro, d’une « interduction » qui structure encore davantage Innercity.

Lo’ et Zeuja se partagent sensiblement la vedette, et c’est avec plaisir qu’on constate les efforts de ce dernier pour affiner encore davantage son flow, et porter la précision de ses placements à son paroxysme. Côté thématiques, le rappeur s’emploie à la prise de recul et adopte une attitude descriptive sur les éléments du quotidien, ce qui lui confère une touche de sérénité presque naïve. On se détache des excès de philosophie grandiloquente qui marquent parfois certains styles d’écriture pour favoriser plutôt la simplicité : celle d’un artiste qui décrit son quotidien et son environnement avec un recul intéressant. Avec ce projet, Darry Zeuja livre sa recette de la liberté et du bonheur : l’innocence.

Darryl Zeuja se convertit progressivement, comme d’autres artistes de sa génération, en vrai professionnel et prouve qu’il est sûr de lui. On le constate à plusieurs reprises, et notamment dans Sous Terrain Parisien :

 « C’est fini j’vais pratiquer ma zic’,

Comme je veux l’faire »

Le rapport à la ville, thème prépondérant du disque, s’avère très poétique. À la manière de l’ultime titre (éponyme) de l’album Rue du Bon Son, on est régulièrement téléporté dans une atmosphère urbaine. La suite du projet est en effet caractérisée par des allées et venues entre les sons classiques et des extraits de films comprenant en bruit de fond la rumeur de moteurs et tout ce qui compose l’effervescence sonore d’un centre-ville.

Zeuja se délecte de ce spectacle, parfois avec mélancolie, ou bien dans la torpeur d’une averse, comme dans Dépression. Mais cette appellation terne n’entache en rien l’optimisme qui règne en général :

 « J’aime quand la pluie tombe,

Me donne envie de prendre mes bombes,

Et de changer le monde ».

À noter, toujours à l’occasion de Dépression, le retour d’Oner (XLR) qui lâche un couplet bienvenu. C’est par ailleurs le seul invité à faire son apparition sur Innercity.

Au sujet de l’enchaînement des sons, l’insertion de R.A.P. (sorti en amont) dans le projet est intéressante. Une rupture est opérée avec le corps très jazzy du reste de l’album. Une ambiance plutôt sombre s’en dégage, mais là encore on n’y trouve rien de pessimiste. La transition vers outro se fait tout en douceur sur une gradation descendante. Le dernier morceau est marqué par un nouvel extrait cinématographique qui traite de l’utilisation du terme « frère  » en amitié. Le parallèle est rapide à établir avec cette phase de Darryl Zeuja : « Innercity, un putain de duo magique. »  Plus qu’une simple collaboration, Innercity incarne une relation d’amitié entre Lo et Zeuja et au cours de laquelle les deux artistes, très proches depuis leurs débuts dans la musique, se retrouvent pour une création aboutie.

Pour finir, nous pouvons nous attarder un peu plus sur la pochette. Sous ses airs d’enseigne lumineuse qui aurait pu orner la façade d’un motel dans tout bon film américain des années 90, elle est parfaitement en cohérence avec les extraits ponctuant chaque son.

 

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Retrouvez bon nombre de couplets du projet sur le freestyle PUFF PUFF KICK #1

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