Childish Gambino – Because The Internet

In Chroniques d'Albums by Edouard Brossier0 Comments

[note4,5] Le nouveau projet de Donald Glover aka Childish Gambino arrive comme une (très) bonne surprise de fin d’année. Suite à son album Camp (2011) et sa mixtape ROYALTY (2012), Childish Gambino a offert le 10 Décembre son projet le plus abouti : Because The Internet, un cadeau de Noël anticipé. L’acteur de Community démontre une fois de plus qu’il ne faut pas obligatoirement sortir des ghettos américains pour être un artiste Hip Hop talentueux et avoir des histoires à narrer. Les formes du rap ont évolué mais tant que l’habileté à délivrer un flow percutant est au rendez-vous, qu’importe les origines ?

Le thème et le titre donné à ce projet, trouvé par le chanteur Beck avec qui il a collaboré sur ROYALTY, se développe sur un grand nombre de titres. Sans rentrer en débat philosophique, Internet impacte tous les domaines, en particulier les relations. C’est toute la réflexion de Gambino qui a regroupé ses pensées et humeurs en plusieurs sous-chapitres. Un vrai challenge de recoller les morceaux car le ressenti du rappeur révèle plusieurs types d’ambiance.

I. On démarre la connexion Internet avec Crawl produit par le très en vogue Christian Rich qui a produit une partie de Doris, l’album d’Earl Sweatshirt sortie à la fin de l’été, dont Chum et Sparks will Fly de J. Cole. C’est un son dans l’ère du temps (d’internet ?) avec des tweets de fond assurés par Mystikal (« God Damn It »). Connexion réussie. Le violon de fin se marie très bien avec la chanson : inattendu mais brillant. On apprécie d’ailleurs les variations d’instrumentales tout au long de l’album, et c’est encore le cas avec WORLDSTAR, propre à ses origines sudistes.

II. Le deuxième chapitre, le plus consistant de l’album, suit ensuite avec une collaboration avec son ami Chance The Rapper qui a explosé cette année avec sa mixtape Acid Rap (où on retrouve sans surprise Bino). The Worst Guys déroule tout simplement le flow de Gambino qui semble avoir pris beaucoup de plaisir à composer ce morceau. On regrette tout de même un couplet de Chance, uniquement présent sur refrain (« all she needed was some …» #libreàchacundedevinerlasuite).

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Viennent ensuite les très poétiques et profonds Shadows et Telegraph Ave. avec la participation de Lloyd sur ce dernier. Puis on retrouve Problem (non crédité) sur le dynamique Sweatpants. Ce chapitre se clôt finalement avec le 1er single 3005. On se laisse convaincre après quelques écoutes de ce morceau qui renvoie finalement à la toile globale de l’album.

III. Après une interlude piano composée par Ludwig Göransson (qui co-produit la quasitotalité de l’album), on se reconnecte avec The Party, un peu courte avec une 1ère partie crooner pas forcément nécessaire, mais dès que Bino se mèle à la danse, il délivre une prestation de flow impressionante. Sur la même lignée, on retrouve No Exit où le refrain tend un peu à gâcher le beat saturé. On reste un peu sur notre fin sur ce chapitre peut être non exploité de la meilleure façon malgré la forte cohérence.

IV.  Vient ensuite le quatrième chapitre, synonyme d’influences actuelles fortes. On retrouve ici clairement des inspirations de Kendrick et Drake sur Flight Of The Navigator sur fond de guitare acoustique et de Kanye sur Zealots of Stockholm (digne de Yeezus sur le milieu du morceau).

V. On conclut avec le dernier chapitre avec sa copine Jhene Aiko (qui a fait sa révélation grand public en 2013 avec des prestations sur les albums de J. Cole, Big Sean et Drake).
On enchaîne avec le fantastique Earth (du début à la fin : « She got that body, Oh Me, Oh My, Send them picks to my phone GPOY ») où Azealia Banks se glisse sur le deuxième refrain comme une fleur. On regrette encore un peu un couplet de ce dernier featuring. Les collaborations externes se font rares (parfois même pas crédités) et leur présence faible : Gambino veut montrer qu’il n’a pas besoin de tagguer ses amis facebook pour faire un album solo de goût, peu tendance chez les nouveaux artistes.

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On trouve de tout sur le net mais pas forcément de la qualité. C’est en ce point que Because The Internet diffère. Tout le monde pourra y trouver son bonheur, certains vont liker plus que d’autres. Pour ma part c’est largement un des meilleurs projets de l’année.

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Coups de cœur :

  • Crawl
  • L’enchainement du deuxième chapitre (de The Worst Guys à 3005)
  • Earth: The Oldest Computer (The Last Night)
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En bref :

  • Les + : les différents styles tout en restant autour d’un thème commun avec des instrumentales riches (s’autoproclame le « fil de Kanye ») sans préciser les interludes qui viennent d’avantage rajouter de la diversité MUSICALE à Because The Internet. Chaque chanson est réfléchie du début à la fin. On s’amuse, on est ému : de la musique.
  • Les – : malgré un flow qui varie et qui est très élastique, le fond des paroles ne va pas très loin. Trop de refrains Pop/R’n’B actuel surtout les gachis sur The Party & No Exit.

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