Comment le rap US s’est inspiré des classiques français

In Dynam'hit-à-brac, Le Mag by Martin Z0 Comments

 

            Aujourd’hui l’usage des samples est plus que jamais une des principales sources d’inspiration et de création musicale pour de nombreux dj’s et rappeurs. Ils leur permettent de moderniser de vieux titres oubliés pour en faire parfois des tubes planétaires.

Mais si on arrive à comprendre pourquoi et comment A Tribe Called Quest a réutilisé le légendaire Walk on the Wild Side de Lou Reed, on a parfois plus de mal à imaginer la raison qui pousse tel artiste à sampler un autre.

Il existe par exemple des liens pas évidents entre des titres de chansons françaises et ceux de grands rappeurs à l’image très thug. Du coup quand on apprend que Dr Dre a samplé Aznavour pour un de ses plus grands titres, c’est tout de suite moins gangster et plutôt incroyable. Mais c’est aussi ça la magie de la musique et du sampling !


Le fait de sampler a toujours fait partie de l’histoire de la création musicale et artistique. Un sample ou échantillon pour les puristes, est un extrait sonore sélectionné pour être réutilisé hors de son contexte initial.

Cependant il faut savoir qu’entre sample et plagiat, la frontière est parfois tenue. Par exemple les condamnations de Kanye West, Jay Z ou encore la très récente amende de 7,4 millions de dollars à Robin Thicke et Pharell pour s’être un peu trop inspiré du grand Marvin Gaye sur Blurred Lines. Même histoire de plagiat pour Happy de Pharell comme en témoigne ce mashup.

Ce genre de conflits est très fréquent et donne évidemment lieu à chaque fois à de grandes batailles judiciaires entre les ayants droits des sons originaux, et les artistes et producteurs actuels.

Bref, regardez plutôt ces trois samples impensables entre des rappeurs très pimps et nos chanteurs de l’époque… Enfin un lien entre ce que tu t’envoies dans les oreilles avec ton iPod et ce que ta mère écoute dans sa voiture !

  • Véronique Sanson  x  Jay Z – « History »

Si Jay-z a avoué avoir dealé du crack étant jeune, il n’a par contre jamais assumé publiquement qu’il écoutait notre Véro nationale avant d’aller se coucher ! Surtout ce titre un brin fragile : Une nuit sur son épaule.

Ecoutez, à partir de 00:23 c’est bien Véronique Sanson que l’on entend chanter derrière le rappeur de Brooklyn.

La chanson originale :

Celle de Jay Z :

  •  Eminem  x  Mike Brant – « Crack a Bottle »

Les connections se font une nouvelle fois entre la street ricaine et notre chanson française mais là ça va encore plus loin. Car sur Crack a Bottle, Eminem, Dr Dre et 50 Cent, trois kings du Rap US, se succèdent pour faire une apologie de l’alcool en soirée et des filles faciles, sur une instru originale de … Mike Brant ! C’est tellement surprenant qu’on ne cherche même pas à savoir comment Dr Dre, l’un des plus grands producteurs hip hop de l’histoire, a déniché ce son de 1970 pour en faire un hit. Toujours est-il que ça relève presque du génie, et que c’est particulièrement drôle de voir les nouvelles paroles que porte désormais la musique.

Voici donc la version originale et ses mots doux (celle sur laquelle ton père à pécho ta mère) :

« La nuit revient bientôt

Pour éteindre le feu de ma peau

Et mon sang n’est plus fou

Car tes yeux sont trop doux« 

 Puis on passe à un tout autre genre de sensibilité de la part d’Eminem :

« Kiss my butt, lick my wonder cheese from under my nuts« 

 

  • Charles Aznavour  x  Dr Dre « What’s the Difference ? »

Celui là est sans doute le plus incroyable de tous. On retrouve encore une fois Dr Dre, le producteur de Compton, décidément très friand de notre scène française. Car sur ce morceau paru sur le légendaire album 2001, Dr Dre, Xzibit puis Eminem opèrent sur du Charles Aznavour !!

Ici cependant, Dre, beat-maker à ces heures perdues, a bien « travaillé » le son original de notre bon vieux Charles. Il a en effet pris les notes introductives de la chanson d’Aznavour, les a ralentis et a ajouté (beaucoup) des basses.

Voyez par vous même, d’abord l’originale avec ces fameuses premières notes :

Et la version de Chronic 2001 du docteur :

L’opposition radicale entre l’univers des deux artistes est savoureuse et on aimerait bien imaginer Dr Dre, fumant un gros joint, dire à Eminem : « écoute moi donc ce son d’époque ; il y a quelque chose à faire dessus ».

Mais c’est cet écart de style entre le sampleur et le samplé qui permet une création artistique toujours plus appréciable.

Pour les amateurs de samples je vous laisse cette excellente vidéo, qui montre d’où vient le titre des Prodigy Smack My Bitch Up, qui est en fait une addition d’extraits de sons venus d’à peu près partout !

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