Cette courte réflexion est née du visionnage de deux clips ; celui de Marché noir de SCH, et celui d’Elle m’a aimé de Kendji Girac.

Le livre était mieux

Certains écoutent de la musique en faisant leur jogging, d’autres l’écoutent en travaillant, et d’autres encore en faisant la vaisselle. Personnellement, j’aime l’écouter en fermant les yeux. Si deux personnes lisent le même livre, la même description d’un arbre ou d’un personnage, elles ne visualiseront pourtant ni le même arbre, ni le même personnage. Cela apparaît lié à un drôle de concept, l’imagination. Il me semble que le même phénomène s’applique lors de l’écoute des paroles d’un morceau. Imaginez donc quelle ne fut pas ma réaction lorsque, après 6 années à m’imaginer (toujours les yeux fermés) l’histoire d’un amour impossible, je suis tombé par hasard sur la retranscription imagée de cette histoire. Six années à visualiser des visages, un paysage… A cet instant précis, j’ai été atteint d’un syndrome, celui que je nomme grossièrement de « le livre était mieux ». Une phrase que peut comprendre celui qui a également lu le livre, mais qui peut aussi agacer celui qui a uniquement apprécié l’adaptation en film. Celui qui a lu le livre ne sera pas nécessairement déçu de l’adaptation ; mais il sera nécessairement perturbé. Comment ne pas l’être, lorsque des images viennent contredire la réalité que notre imagination a forgé au fil des mots ?

Bien sûr, on peut se sentir trahi par la retranscription proposée ; désormais, ces images (réelles) sont gravées dans notre mémoire, et entreront en contradiction avec celles (imaginaires) de notre esprit à chaque écoute du morceau, allant même jusqu’à pouvoir gâcher à tout jamais l’expérience de l’écoute de ce morceau. Ce constat, aussi effarant soit-il, permet-il pourtant de blâmer le clip né du morceau ? La vision de l’auditeur a-t-elle plus de valeur que celle de la personne ayant réalisé le clip ? Assurément pas. Et pourtant, suite au visionnage du clip d’elle m’a aimé, je n’ai pu m’empêcher de maudire chaque personne ayant participé à sa confection. Comment ont-ils pu oser détruire le court-métrage (digne d’un oscar) que mon cerveau avait passé six années à perfectionner ? Par l’expression de leur réalité.