Interview de Frédérique Bedos

In Interviews, Le Mag by Pierre Sernic1 Comment

 

 


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Du lundi 13 au vendredi 17 avril, Unis-Terre, une association de KEDGE Business School Marseille visant à promouvoir le Développement Durable, a organisé une semaine en lien avec ce sujet. Conférences et ateliers étaient proposés aux étudiants de l’école afin de les familiariser à certains projets. C’est dans ce cadre que Frédérique Bedos a pu diffuser la version courte de son film, Des Femmes et des Hommes mais également venir présenter et défendre Le Projet Imagine. Suite à cet événement, j’ai pu contacter Frédérique pour une interview.

Frédérique, merci de vous être rendue disponible pour que nous puissions nous entretenir. Pourriez vous présenter Frédérique Bedos en quelques mots ?

Frédérique Bedos c’est moi ! Cela fait 20 ans que je suis journaliste, je le suis devenu un peu par hasard. Depuis quelques années je travaille sur une nouvelle forme de journalisme, « le journalisme avec espérance ».

Etant plus jeune, quel était votre rêve ?

Je voulais devenir Egyptologue et c’est d’ailleurs ce que je suis devenue après mes études à la Sorbonne et à l’école du Louvre. J’ai été repérée par hasard dans un restaurant par le responsable d’une chaîne américaine. C’est de cette façon que j’ai débuté ma carrière de journaliste.

Quel jugement portez vous quant à cette première partie de carrière ?

J’ai un regard heureux car c’était passionnant. J’étais amené à travailler sur des sujets différents, sur des lieux différents. Pour moi c’était inespéré car je venais du quart-monde et lorsque j’ai intégré le journalisme j’étais comme une petite fille. Je découvrais un nouveau monde.

Qu’est ce qui explique votre réussite ?

Je pense que j’avais l’énergie nécessaire pour m’en sortir. Je me suis donnée les moyens de réussir car mes parents et mes frères et sœur m’ont donné de l’amour. C’est cet amour qui m’a notamment permis de m’en sortir. On naît tous avec des compétences différentes. On ne peut pas être fier de ce qu’on devient dans la mesure où cela dépend de nos compétences mais surtout de nos rencontres, de notre famille… On ne peut pas dire qu’on se fait tout seul. Nous sommes le fruit d’un ensemble de choses qui nous arrive.

 Pourquoi avoir quitté le journalisme traditionnel ?

En 2008, je présentais l’émission Concert Privé sur M6. A cette époque j’ai eu un double déclic, professionnel et personnel. D’un point de vue professionnel, j’ai commencé à porter un regard nouveau sur le monde de la télé : on ne présente que le pire de nous. Dans ma manière d’appréhender le journalisme avec Imagine, l’idée est de regarder les problèmes en face dans l’optique de bâtir le meilleur ensemble.

Parallèlement, j’ai pris conscience que les valeurs que j’ai acquises durant mon enfance ne correspondaient plus à ma vision du journalisme. J’ai grandit dans une famille dans laquelle nous étions 20 enfants issus de l’ensemble du monde. Ils m’ont donné de l’amour et cela ne correspond pas qu’à un concept. C’est concrètement ce qui nous a sauvés. Ce sont mes héros, des héros humbles. Et ces héros, il en existe beaucoup d’autres à travers le monde. Grâce au Projet Imagine, nous pouvons mettre en avant ces héros qui font bouger le monde et cela permet de montrer le chemin à suivre pour que nous puissions tous être des héros. C’est ça le journalisme d’espérance.

Nous exposons ces héros grâce la production et la réalisation de films. Ils sont disponibles sur YouTube, Dailymotion et Vimeo gratuitement.

Le projet fonctionne grâce aux dons qui nous viennent de fondations ou de particuliers. L’idée n’est pas de faire de l’accumulation d’argent mais de donner des coups de pouce à ces héros.

Le 8 mars dernier, la version courte de votre film (52mn) a été diffusée sur TV5 Monde. Pourriez vous nous expliquer dans quel contexte ce projet a t-il vu le jour ?

Au travers du Projet Imagine, nous produisons et réalisons des reportages sur des faits de société. En 2013, nous avons fait un grand reportage sur la Justice Restaurative.

L’ONU de Genève a découvert ce film et ainsi découvert Le Projet Imagine. J’ai alors été invitée à participer au Conseil des Droits de l’Homme en mars 2013 pour y livrer ma vision du rôle des médias. J’ai alors entendu Ban Ki Moon parler du recul significatif des droits des femmes dans le monde et cela m’a fortement interpellé.

Nous avons démarré dès juillet 2013 le tournage du film Des Femmes et des Hommes et il a duré un an ! La version de 52 minutes a en effet été diffusée sur TV5 Monde. La version intégrale, qui fait le double, 1h45mn, sera présentée en juin prochain, après le festival de Cannes.

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J’ai retenu quelques phrases et faits dans ce film. J’aimerais que nous revenions sur cela.

« Le nombre de personnes affamées dans le monde est lié à la situation de la femme ».

L’enjeu de ce film est d’éclairer de manière nouvelle les relations femme-homme. Ces problématiques touchent toutes les sphères de la société et a des conséquences sur tous les aspects de notre société. Une des intervenantes du film a mené avec la FAO une étude internationale sur la discrimination hommes/femmes dans l’agriculture.

 Il a été constaté que les femmes représentent environ 43% de la force agricole mondiale. Or ce sont les femmes qui ont le moins accès aux ressources : aux terres, aux engrais, aux machines… On constate qu’il y a environ 850 millions de personnes qui meurent de faim. Si l’accès aux ressources étaient les mêmes pour les hommes et les femmes, on pourrait accroitre la production agricole et ainsi sauver au minimum 100 millions de personnes de la faim !

Voici le lien de la version courte du reportage Des femmes et des hommes :

http://information.tv5monde.com/terriennes/les-hommes-l-ecole-des-femmes-19774

« En Inde il y a 30 millions d’hommes de plus que de femmes ».

Cette situation aggrave les déséquilibres, cela accroît les violences faites aux femmes. Du fait qu’il n’y ait pas une femme pour chaque homme, ces derniers sont prêts à tout, quitte à exercer des violences, des viols ou des enlèvements. Les fœtus féminins sont éliminés avant la naissance. Il s’agit d’un génocide contre les femmes. Ces inégalités constituent un problème de sécurité international.

Quelles sont les solutions pour palier à cette situation ?

Un des leviers est la prise de conscience. Il y a également des lois aujourd’hui en Inde qui condamnent les médecins au niveau pénal afin qu’ils ne divulguent pas le sexe du futur enfant. Néanmoins il existe toujours des moyens d’éviter ces devoirs.

Quel est votre rêve ?

Mon rêve est que le Projet Imagine explose, qu’il devienne un média important dans le monde, qu’il diffuse de l’espérance et qu’il soit la cause d’une épidémie d’amour.

Quels sont vos prochains projets ?

Nous travaillons sur plusieurs films à la fois. Il y en a 4 à 5 qui sont en cours de tournage et de montage. Et puis, nous avons un bateau aux couleurs du Projet Imagine qui participera à la transat Jacques Vabre et au Vendée Globe !!!

Enfin, notre prochain très grand challenge sera autour d’un héros sur le climat. Cela devrait nous prendre au moins 3-4 ans.

Merci à Frédérique Bedos ! 

Comments

  1. Bonjour,
    Je viens de lire votre livre la petite fille à la balançoire
    quel beau message d’amour
    des leçons à en tirer
    bravo

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