Interview – Odezenne @LeMoulin

In Interviews, Le Mag by Diego Salmona0 Comments

INTERVIEW ODEZENNE

Le 12 décembre dernier, le groupe d’abstract rap Odezenne était de passage pour un live au Moulin, à Marseille, afin de promouvoir la récente sortie de leur album. Nous en avons profité pour leur rendre visite en backstage et essayer d’en savoir davantage sur leur rapport à cet album très réussi.

Le nom du dernier album, on le prononce à l’allemande, à l’anglaise ou à la française ?

Jaco : Dolziger Str. à l’Allemande, nous on l’appelle Dolziger maintenant, je pense que les gens vont faire pareil, c’est plus simple.

C’était votre adresse à Berlin c‘est bien ça ?

Jaco : Ouais

C’est là que vous viviez ? Pendant combien de temps ?

Jaco : 7 mois, enfin 6 parce que le premier on habitait dans le studio, mais ce n’était pas supportable parce que il y avait un club de Hardcore en bas, il s’appelait Subland. Du jeudi au dimanche les murs tremblaient, t’imagines même pas. Et puis les clubs là-bas, ils ne ferment pas à 3h.
Mattia : Non ils ferment à 11h du mat. Ils ne ferment pas ouais parce qu’il y a des festivals. Du coup on a cherché un appart et on a atterri au Dolziger Str. 2.
Jaco : Notre première crise, on a du partir de cet endroit. Première crise sérieuse.

Il y en a eu plusieurs, des crises ?

Alix : Non mais disons en fait, tu sais, c’est lorsqu’on est arrivé, on a fait 2000 bornes, t’installes tout le studio, si en plus du dors pas beaucoup, t’es dans un pays que tu ne connais pas, au bout d’un moment tu commences à devenir fou.

Et apparemment vous n’avez pas trouvé ce que vous vouliez à Berlin de ce que j’ai cru comprendre, vous y étiez allé pour l’esprit Rock, David Bowie et tout ça…

Alix : Non

Vous êtes plutôt tombé sur des mecs qui faisaient du rap, c’est ce que j’ai cru lire.

Alix : Ah non pas du tout. En fait on n’avait pas d’idée préconçue si ce n’est que c’était une ville qui nous attirait parce qu’il y a effectivement certains groupes qui sont passés par là, que naturellement ça ne coûte pas cher, c’est vivant.
Mattia : Et puis d’aller voir pourquoi ces gens sont allés là-bas et ce que ça a pu apporter. T’as peut-être lu une interview où on pouvait s’attendre à voir la culture et l’art se manifester un peu partout alors qu’en fait c’est peut-être plutôt juste les endroits, la ville, la rue et tout ce décor urbain, cette espèce de lenteur qui en filigrane va t’influencer dans ta création.
Alix : En fait tu sais pour nous ça s’est limité à notre quartier, entre Dolziger et Subland, il y avait à peu près vingt minutes de trajet, des bars entre les deux, quelques clubs, c’est à peu près ce qu’on a fait. On n’est pas parti là-bas pour visiter la ville, rencontrer des gens. Berlin c’est devenu un théâtre dans lequel on n’attendait rien de particulier en y allant, même pas un album d’ailleurs, on n’était pas sûr de rentrer avec un disque. On a monté un studio donc on s’est dit que ça allait peut-être le faire mais t’es jamais sûr que l’album arrive.

Comment est-ce que vous vous y prenez pour l’écriture justement ?

Jaco : Sur ce disque ça vient souvent d’une boucle de Mattia dans laquelle soit on va se reconnaître tous les deux soit l’un soit l’autre va se reconnaître et il va y avoir une proposition.
Alix : C’est parti de la musique sur tous les morceaux.
Jaco : Voilà ça part de la musique, mais il n’y a pas vraiment de recette.

Qu’est-ce qui vous inspirent dans l’écriture ?

Jaco : Je ne sais pas, je te réponds le plus honnêtement possible.
Alix : Quand Mattia pose une ambiance, ça t’inspire une atmosphère, ça t’inspire un premier mot, un deuxième et puis une phrase entraîne une autre etc.

Être pote ça aide aussi ?

Mattia : C’est même indispensable, ça ne pourrait pas se faire si on n’était pas potes.
Jaco : La complicité est essentielle. C’est compliqué de faire une chanson, c’est compliqué de partir en se disant je vais parler de ça, en faisant ça, en faisant tel machin etc. C’est sur le ring que tu vois comment ça va se passer quelque part.
Alix : On s’est juste dit qu’il fallait qu’on soit complètement libres. Dès qu’il y a un truc qui nous inspire on part dedans peu importe si c’est des terres inconnues ou pas, si ça ressemble à ce qu’on a pu faire avant, on fera les comptes à la fin, et puis on a tout gardé.

Ce n’est pas une reproche mais je trouve vos textes pas très construits, chacun peut y trouver un peu ce qu’il veut, il y a une espèce d’anarchie.

Alix : Ça dépend, tu prends Vodka par exemple t’as une métrique très précise, c’est un exercice de style avec un nombre de pieds qui se retrouve.
Jaco : Des rimes mouillées.

Alix : Par contre c’est vrai que sur Un corps à prendre ou On naît on vit on meurt, c’est plus free.
Jaco : Vodka par exemple pour revenir sur la thématique, la première phrase arrive je sais que je vais parler de vodka. La vodka c’est de l’alcool de pomme de terre, c’est quelque chose de très simple, donc il y a tout un truc de se dire « Il faut que ce soit très simple », et c’est compliqué de faire du très simple.

C’est le titre qui ressemble le plus à ce que vous faisiez sur Ovni.

Alix : Tu trouves ?
Jaco : Parce qu’il y a des métriques.
Alix : Je trouve que Vilaine est plus dans…
Mattia : Chacun y trouve…
Alix : Nous on est partisans de se dire que ce n’est plus notre album de toute façon, il est sorti !

Vous écoutez quoi au quotidien ?

Alix : Ça dépend, sur la route pas mal Nostalgie.
Mattia : Qui est un peu notre quotidien en ce moment.
Jaco : De la grande chanson française, on appelle ça des Gold (rires).
Alix : Mais sinon après on écoute plein de trucs. Moi j’ai pas mal torché l’album de Mac Demarco que j’aime bien, on aime bien le Ninja de l’amour Frank Océan, Frank Ocean (à l’anglaise).
Jaco : Frank Océan, le mec il s’appelle Océan (rires).

Pour revenir sur les textes, vous parlez beaucoup de cul dedans, ça vient naturellement ?

Alix : Moi je ne trouve pas qu’on parle plus de cul qu’autre chose après c’est peut-être ce que les gens retiennent le plus.

C’est peut-être par rapport à vos clips. Moi j’ai beaucoup aimé je veux te baiser, j’aime beaucoup votre travail, quand j’ai découvert votre clip je me suis dit « Ah ouais ils parlent de cul mais ils parlent d’amour aussi ». Peut-être que comme vous mettez en images Je veux te baiser et Bouche à lèvre, c’est ce que le public retient.

Alix : Peut-être oui, peut-être que ça raisonne plus fort chez eux.

Le clip de Bouche à lèvre est quand même percutant, ce n’est pas conventionnel, ce n’est pas juste un plan qui défile.

Alix : Le mec qui a fait Je te baise c’est lui (rires, Il pointe son collègue présent dans la salle). Il a fait aussi Vilaine, Tu pu du cu, Rien etc.


Jaco : Si un jour j’ai plein de sous je ferai un grand sondage pour connaître les grandes thématiques que les gens utilisent dans le quotidien, de quoi ils parlent, et je pense que l’on serait surpris de la place du sexe. On en fait pas plus que vous les gars ! (rires) Je ne réponds pas méchamment, c’est quand même un sujet majeur dans l’humanité depuis sa création.

Et sinon, le défaut que j’ai trouvé sur cet album c’est qu’il est trop court, 10 titres, et finalement quand j’ai regardé c’est 3’’30 environ chacun, c’est le format habituel mais c’est beaucoup trop court. Par exemple Souffle le vente j’aurai aimé qu’elle dure deux fois plus.

Alix : Bah c’est bien ! (rires)

Elle emporte tellement cette chanson…

Jaco : Mais c’est parce qu’elle est courte.
Alix : On a voulu faire un album plus précis, un peu moins s’éparpiller, contrôler un peu plus ce qu’on avait envie de faire. Mais c’est vrai qu’on a fait deux albums de plus de soixante minutes, là on a voulu en faire un d’une quarantaine de minutes.
Mattia : Et où il pouvait se passer plein de choses dans un temps… Parce que c’est bien quand t’as l’impression que le morceau pourrait faire 5/6/7 comme il est alors qu’il en fait à peine 3, c’est que mine de rien t’as réussi à dire beaucoup de choses.
Alix : À dire musicalement avec les textes…

Et justement au niveau de la musique de Souffle le vent, on se dit « Ah mais il est déjà fini », on a envie d’être emporté. C’est une manière de travailler plus électronique peut-être, comme une composition de musique électro…

Mattia : Ouais c’était même un peu orchestral, un orchestre électronique un peu. Ouais il fallait mettre un petit coup de frais, ça faisait longtemps que Jacques avait écrit le texte et moi je l’aimais beaucoup. Il y avait une version complètement différente et un soir celle-ci est sortie et elle a plu à tout le monde.
Alix : Ouais c’était cool. En fait je trouve ça cool d’avoir réussi à faire un album qui ait un panel aussi large de chansons parce que quand tu passes de Cabriolet à Satana en passant par Souffle le vent, Bouche à lèvres, On naît on vit on meurt… Tu balayes plein d’esthétiques différentes, ça passe comme tu dis super vite mais dedans c’est 10 mois de travail. On s’est dit aussi on va faire un album plus court, plus cohérent et on va attendre un peu moins avant de sortir le prochain. Et puis j’ai aussi l’impression que sur un album de 20 titres il y en a toujours qui passent à la trappe. Et puis là on veut tout clipper, les dix, en un an.
Jaco : Je trouve ça bien moi un album court. C’est un shot, faut pas que ça te prenne deux heures dans ta journée, t’as 34 minutes et c’est fini.

J’ai noté un truc, c’est l’utilisation à outrance des synthés sur cet album et très peu de guitare.

Mattia : Très peu de guitare ?
Jaco : « A outrance » Mattia il a dit ! (rires)
Mattia : Ouais il y a peut-être un peu moins de guitare, parce que j’ai acheté plein de claviers alors c’est cool ! (rires) C’est des machines de ouf et là par exemple je vais m’acheter une guitare pour Noël parce que maintenant j’ai assez de claviers. Je ne voulais pas que ça fasse trop groupe non plus – c’est compliqué quand t’as plus de samples et que t’essayes de rentrer dans la musique un peu de manière traditionnelle, tu joues, t’enregistres et puis tu fais un morceau – pour garder la dimension un peu tu vois, un peu étrange qu’on avait et ne pas juste faire genre un groupe avec un clavier, une guitare, une basse parce que c’est un peu ce qu’il y a. Ça a été un peu le challenge de le faire sonner comme quelque que chose d’un peu différent et d’assez moderne. On est plus du tout dans la composition électronique du moment comme on a pu l’être sur Tu pu du cu, la compo est différente.

Il y a très peu de fioritures, j’ai trouvé d’ailleurs que les échantillons de rythmiques étaient assez – ce n’est pas un reproche – pauvres, un peu low fi, beaucoup de morceaux partent sur quelque chose de très pauvre et tu sens la montée avec les claviers.

Alix : C’est les machines en fait, c’est les boîtes à rythme mythiques, t’as la 909, la 808, la 707, c’est vraiment ces boîtes à rythmes qui ont fait le son à la base.
Mattia : C’était le but, t’as besoin d’une boite à rythme, tu trouves la boîte à rythme qui faisait ces sons là et que tout le monde utilise depuis mais sur des plugins qui sont dans l’ordi, qui sont retraités et après tu fais ta petit sauce dans ton ordinateur. Là c’était vraiment …
Alix : Les vraies machines….
Mattia : Essayons de composer un vrai truc, avec de vrais instruments, je me fais peut-être un peu vieux mais tu vois tu n’as plus de breaks, des trucs un peu découpés dans tous les sens. Peut-être que ça reviendra un peu plus tard mais là c’était vraiment important pour nous d’avoir un truc très sobre, très clair, un peu brut.

J’aimerai vous questionner sur la place de Ciao Ciao dans l’album, c’est le seul morceau sans voix.

Alix : Ca me plait déjà que tu l’appelles comme ça, ça m’aurait saoulé que tu dises que ce soit un interlude (en cœur avec Jaco). Pour moi c’est un vrai morceau.

Justement c’est un vrai morceau, mais il serait plus au milieu dans l’album on se serait dit « Ouais c’est un interlude… »
Alix : Ouais effectivement.

Et finalement il est plus vers la fin, il n’est pas tout à la fin alors qu’il s’appelle Ciao Ciao.

Alix : Sur la composition je laisserai Mattia te dire ce qu’il en est mais nous avec Jaco on a voulu le mettre à cet endroit-là dans le disque. Dès qu’il nous l’a fait écouter on n’a pas hésité pour qu’il prenne la place d’un vrai morceau, parce que justement il nous parlait grave, on trouvait cool qu’il prenne la voix.
Mattia : Et puis ce joli synthé fallait bien qu’il prenne place, le son s’est appelé Poussières d’étoiles (rires). C’est des claviers mythiques en fait, quand tu passes une nuit dessus, que t’as trouvé ce son et que dès que tu bouges un truc t’as tout qui bouge tu n’as plus ce son, bah tu te dépêches de l’enregistrer.
Alix : C’est un synthé qu’on a réussi à acheter à Lyon, un truc super rare, y’en a 300.
Mattia : Entre 300 et 1000.
Alix : Et effectivement pendant les séances d’enregistrement il y avait des trucs qu’on trouvait et si par malheur on ne les avait pas enregistrés, tu ne pouvais jamais les retrouver. Ça met une espèce de tension dans les séances d’enregistrement ! Ça doit se ressentir sur Ciao Ciao, c’est sur un fil à chaque fois. C’est un instant unique, un son qui va te déclencher un texte, une idée…
Alix : Oui et puis ça donne un rapport vivant avec la musique électronique ce qui n’est pas facile à avoir.

Pour revenir sur les textes justement, dans Souffle le vent vous dites « On n’aime pas le mec qu’on est devenu ».

Alix : Moi je n’ai pas écrit cette phrase (rires).
Jaco : Ça dépend des moments.
Mattia : Des fois c’est sec comme une biscotte quand même.
Jaco : C’est quand tu te laisses berner par le jaune du toc mec (rires). Non mais ouais ça m’arrive.

J’aimerai vous interroger sur votre rapport à vos textes. Jusqu’à quel point vous impliquez-vous dans votre expérience professionnelle et à quel point vous parler de tout à chacun ?

Jacques : moi, personnellement, il n’y a pas d’avatar, s’il n’y a pas de prise directe avec le réel c’est impossible d’écrire, voire sans intérêt.
Alix : Je ne sais pas faire de la comédie, je m’amuserai pas à écrire comme ça.
Jacques : Tu vois Taxi  ? Je n’ai pas le permis par exemple, mais ce n’est pas un avatar, c’est juste une façon de parler de Pigalle, de ce que j’y ai vécu entre 1h et 5h du matin, de ce qui s’y passe. Ça aurait été pire si je m’étais mis dans la peau d’une caillera, me mettre dans la peau d’une prostituée peut-être que les gens l’auraient mal pris – ma mère, notamment – et je me suis dit que c’était le taxi qu’il me fallait, parce que c’est le taxi qui voit défiler les touristes. Pour moi ce disque, Dolziger, c’est une grande photo, un panorama qui dure 7 mois.
Alix : C’est pour ça que ça a été assez dur de composer, on n’est pas arrivés à Berlin en se disant « Sortez les synthés », pendant deux mois on n’a pas réussi à sortir un truc. Il a fallu s’acclimater, retrouver nos habitudes de studio, pour se retrouver pour la première fois sur le morceau Buche, qui était comme une blague que Jacques avait commencé à écrire, j’ai repris sa formule et commencé à écrire, on avait plein de bouts de textes puis on en a fait un grand, ça a un peu désacralisé ce qu’on était en train de faire à Berlin, c’était plus ludique du coup, on voulait juste faire un morceau comme ça pour s’éclater et ça a ensuite filé beaucoup plus rapidement, ça nous a permis d’écrire des chansons.

Comment vous partagez-vous l’écriture ?

Alix : C’est assez aléatoire, quand on est deux sur un morceau c’est qu’on a tous les deux été inspirés par la musique, c’est qu’on a fait une bonne vinaigrette, et les morceaux où on est tout seul le texte est souvent à l’initiative de l’un ou de l’autre et on va s’autoriser des petites corrections, à apporter un élément si jamais on est inspirés, par exemple le refrain de Cabriolet, c’est Jacques qui me l’a modifié, au début j’utilisais pas ces verbes là c’est lui qui les as trouvé ça m’a vachement plu.
Jacques : c’est toujours le mélange, quand les connexions sont faites t’es plus fort à deux cerveaux qu’à un cerveau, et comme ça fait 20 ans qu’on se connait, les connexions sont faites. Des fois c’est magique, moi j’ai écrit un texte, le texte me plait et j’ai un mot dans ce texte qui me plait par-dessus tout, et Alix, il va avoir les couilles de me dire « mec, ce mot-là, il te fait sortir du texte. », là tu réfléchis à deux et tu comprends ça, et la deuxième fois tu te fais pas avoir et t’avances, mais il faut avoir un tout petit peu de sagesse et garder sa place, pas avoir trop d’égo, prendre sa place ça n’est pas prendre trop de place.

C’est aussi dans ce sens-là que vous vous foutez de la gueule du rap game ?

Alix : ça c’était un passage obligé, quand tu fais un disque de rap comme Ovni prétendait l’être, une espèce de rap abstract un peu alternatif, l’egotrip c’est un truc qu’on a tous fait, mais ça fait un moment qu’on ne se soucie plus de ça. Et même quand on l’a fait ce n’était pas très sérieux.
Mattia : on ne l’avait même pas mis dans la première version de l’album.
Alix : c’est Romain, quand il l’a écouté, il a trouvé ça pas mal, il a voulu faire un clip et là succès !

Vous allez voter demain ?

Jacques : Non.
Alix : Nous, on rentre voter à Bordeaux, notre tour manageuse veut partir tôt exprès pour ça.
Mattia : je suis retourné à Bordeaux changer de bureau de vote.
Alix : En tous cas au premier tour on a fait partie de ces flemmards qui ne sont pas allés voter, donc là on va se mobiliser pour aller voter… Front National évidemment !

Une question concernant la pochette de l’album, j’ai entendu dire que ça faisait référence aux cambriolages, vous pourriez nous expliquer ça ?

Alix : en fait on travaille toujours avec Edouard Dardon qui est le même mec avec qui on a fait Ovni puisque quand on a commencé à avoir des morceaux on lui a envoyé les maquettes pour savoir si ça le tentait, c’est un mec qui fait de l’art contemporain et il fait des installations, de la photo, pleins de trucs mais pas beaucoup de projet comme ça, avec de la musique et là il a adoré les morceaux, il nous a demandé de les lui laisser pour imaginer un truc puis il est revenu vers nous 3-4 mois après avec cette espèce de losange pourri donc on s’est dit « soit il se fout de notre gueule, soit c’est un génie le type ».
Dans le langage des cambrioleurs le losange c’est un truc qu’on écrit sur les portes pour signaler qu’une maison est inoccupée. Il sait qu’on considère qu’une fois que notre album est fait il ne nous appartient plus, pour matérialiser cela il nous a dit « autant inviter les gens à venir cambrioler ce que vous avez fait au Dolziger vu que c’est le nom de votre album », tu vois la référence à la maison, au cambriolage, à l’effraction, au fait de venir cambrioler nos musiques pour habiller vos souvenirs.
Pour l’édition collector il nous a proposé de pousser le truc à fond en défonçant la porte du studio pour filer des morceaux de porte aux gens, comme pour symboliser cette espèce de passage de l’œuvre qui n’est plus à nous. On ne voulait pas travailler avec un graphiste, on voulait absolument travailler avec cet artiste là parce qu’on savait qu’il allait pondre un truc plus riche, lus dense, et c’est vrai que ce losange nous a tous choqué. Finalement aujourd’hui il est hyper familier, il a vachement de sens. Et nous on cherche du sens.

Ça peut aussi vous démarquer des autres albums, aux yeux du consommateur moyen ?

Alix : Ouais ça fait une pierre deux coups. Ou pas d’ailleurs, il peut aussi se dire « Putain, ils n’ont vraiment pas de thunes ! »
Jacques : Moi pour l’histoire du losange j’étais dans mon pieu je venais de me lever, je ne vous explique pas la descente dans les escaliers, j’arrive dans le salon « Mais t’as vu le truc d’Edouard, il se fout de notre gueule ?! »
Mattia : Il s’attendait pas à ce qu’on lui dise « C’est beau ! ».
Alix : Mais tu vois ça interpelle, l’idée ce n’était pas de faire une belle pochette.
Jacques : Et finalement notre pochette elle défonce !

Et donc pour l’édition collector, c’est la porte du studio ?

Alix : Dans la version augmentée l’idée c’était de symboliser cette effraction et de prendre les deux portes de studio, les casser en 5 000 morceaux pour les 5 000 exemplaires.

Donc sans ce losange vous n’auriez pas eu cette idée de format collector ?

Mattia : Voilà, c’est une succession d’idées.

Ils sont tous partis les 5000 du coup ?

Alix : Non pas encore mais ils vont partir, le problème c’est qu’on est sorti le 13 novembre c’est pas la meilleure date pour sortir un album disons que ça nous a un peu coupé l’herbe sous le pied
Jaco : Après il doit plus rester vraiment grand-chose en limité, il y a encore les digipack simplifiés ou c’est juste le losange etc… Tout fait à la main, on a organisé une équipe : 20h par jours pendant une semaine.

C’est une manière aussi de faire un bon doigt d’honneur au marché du disque non ?

Jaco : Oui non quand t’es sur le pont et qu’il faut le livrer les disques quand même tu plis un journal 12 par 1, tu plie un truc 12 par 12, tu mets le disque dedans, tu mets le bout de porte que l’autre il a cassé qu’il peut plus tenir à la pince parce qu’il a fait 5000 fois le geste dessus toi tu fais toutes tes poches comme ça avec une soudeuse des kilomètres de soudeuse tu coupes t’enlèves l’air tu soudes tu dessoudes, bref tu te dis pas l’industrie du disque, toi t’es la tu dis : « c’est la perf de ma vie allez les petit loups on y va !! »

Tu ne penses pas que ton disque il a plus de valeur par rapport à un gars qui presse 3 millions de disques ?

Alix : Oui peut être mais encore une fois nous ce qui nous intéresse c’est que ça prenne du sens pour nous tu vois ? Si on a l’impression qu’il y a un contenu nous ça nous occupe les journées et puis voilà.
Mattia : Et puis ça donne du sens même quand on le fait. Même plus qu’à la fin parce que effectivement très vite après ça se détache.
Alix : Je pense que les gens quand ils l’achètent la plupart ne se rendent pas compte de ce que ça représente pour nous c’est pour ça que je dis que ça représente quelque chose d’égoïste aussi dans notre manière de faire la musique de faire l’objet de faire le truc c’est qu’on explique pas tout non plus si tu veux ce qui est très important pour nous c’est d’abord à notre niveau que ce soit un truc concret.

La question qui me taraude c’est quel est le plus beau cul du monde ?

Alix : Ce n’est pas moi qui ai écrit ce texte.
Jaco : Ben personne la connait hein enfin ça ne va pas vous avancer plus que ça de savoir qui c’est, personne de connue.

Non mais voilà ce que je voulais dire c’était une personne à laquelle toi tu pensais réellement quand tu as écrit ce texte là ou c’était une actrice ou quelqu’un de connu ?

Jaco : Non ben c’était la première fois que c’était comme ça.

Vous avez des influences qui ressortent de votre musique ? Vous avez conscience de vos influences, de ce que vous revendiquez ?

Alix : Pas trop ben personnellement ce que j’écoute est tellement différent de ce qu’on fait par exemple en ce moment j’écoute un groupe qui s’appelle Death Grip c’est hyper violent, hyper expérimental, plein de rage, c’est pas du tout ce qu’on fait nous mais peut être que ça influence un peu notre musique.
Mattia : Souvent y a des petites pointes de beaucoup de chose

Jacques tu disais que tu écoutais beaucoup de la grande chanson française ou nostalgie sans le porter en étendard bien sûr mais cela peut influencer ?

Alix : Ça c’est en tournée !
Jaco : Oui bien sûr : Brel, Ferré etc.
Alix : Enfin moi pour moi ce n’est pas un truc qui m’influence dans ce que je fais si je voulais faire du Brel je mettrais le micro comme ça et je te parlerais …
Mattia : Non mais c’est cool de prendre des roustes quoi, on aime bien prendre des roustes en musique tu sais les mecs ils te font « un ah ah ok… ». Et donc après bah quand tu bosses t’as envie de te faire plaisir autant que quand tu écoutes une belle musique

Vous vous êtes déjà mis des roustes vous-même ?

Alix : Avec nos chansons à nous ?
Mattia : Avec cet album oui ça finit par s’estomper au fil du temps.
Alix : Quand on a fini le morceau Cabriolet avec tous les arrangements je t’avoue que je kiffais grave je pensais pas être capable de sortir un morceau comme ça. Mais ça dure qu’un petit moment parce qu’après il te saoule parce que tu l’as écouté 100 fois.
Mattia : Non franchement tout le disque j’avoue que je suis assez content quand même, ça aurait pu être pire.
Alix : C’est bizarre parce qu’on a toujours de moments où t’adores ce que tu fais puis tu le détestes puis tu te dis que c’est génial puis que c’est pourri c’est toujours assez bizarre le rapport que t’as avec tes musiques.
Mattia : Disons que t’as le temps de changer d’avis.
Alix : En tout cas notre musique on ne la ressent jamais comme la musique des autres c’est pour ça que dès que tu nous parles d’influence ça nous met un peu mal à l’aise, la musique des autres on l’écoute comme de la musique alors que là nous ce qu’on fait c’est notre vie, c’est dur à comparer c’est pas la même façon d’appréhender le truc je ne sais pas vraiment comment dire.

C’est comme quand tu kiffes un morceau à la fin tu peux plus l’écouter ?

Alix : Oui mais ça va plus loin que ça c’est pour toi ce n’est même pas de la musique comment dire c’est autre chose c’est bizarre.
Mattia : c’est une recherche c’est un peu une quête. C’est sûr que quand t’as passé ta dernière session studio qui a commencé fin avril et fini début septembre non-stop, donc c’est vrai qu’au bout d’un moment tu ne sais plus trop où tu es, mais faut juste que t’avances le plus possible
Jaco : Oui c’est une jungle où tu avances et tu te dis ok c’est là qu’il y a un problème.
Alix : C’est hyper épisodique.
Mattia : C’est un jour où tu trouves le texte, un autre tu trouves l’arrangement puis tu trouves le dernier truc qui fait sonner la basse et au dernier jour où il faut enregistrer tu dis attend attend je vais derrière et l’Ingé sons te dis « Attends mais t’es sérieux ? Tu veux encore enregistrer un truc et tu lui dis « ouai ouai, vas-y bouge pas, je reviens » et du coup tu pars tu l’enregistres et en fait ça se retrouve et eux ne l’ont pas entendu, ils arrivent le lendemain le morceau ça fait 6 mois qu’on l’écoute et on se demande si ça vaut le coup ou pas car dans deux semaines c’est l’échéance on réécoute, on réécoute c’est toujours en suspens.

C’est un vrai travail de recherche ?

Alix : Oui, Bouche a lèvre par exemple, tout était fini j’ai refait le mix, c’était la dernière pierre puis là tout d’un coup j’ai dit sors un micro je le refais et finalement on a gardé la nouvelle jusqu’au bout du bout c’est jamais acquis.
Jaco : Mais rien n’est jamais acquis.

Comment est-ce que vous avez vécu le 13 novembre ?

Jaco : Sur scène.
Mattia : On était à Rennes, c’était le deuxième concert de la tournée et on l’a appris en sortant de scène.
Alix : on était avec 500 personnes tout le monde sautait dans tous les sens c’était le début de notre tournée et donc personne dans la salle ni nous ni eux puisqu’ils étaient pas sortis ne savaient on a donc prolongé un état d’avant c’était assez bizarre.
Jaco : Quand on est descendu de scène, on te dit ça t’es un peu speed tu remballeS t’allumes BFM et tu passes 4 heure à regarder le nombre de morts qui augmente et tu fais mais qu’est-ce qu’ils ont branlé ? Voilà comment on l’a vécu.
Alix : Apres ça donne une intensité assez nouvelle aux concerts parce que les gens sont grave chauds c’est un truc de ouf y a des morceaux qui se vivent pas pareil, Je veux te baiser du coup tu le chantes parce que tu passes un bon moment mais presque un chant révolutionnaire ça change de référentiel.
Mattia : Ça devient sérieux, si y a des gens qui se font sauter pour ça c’est qu’en fait t’es pas là pour rien. Il y a quelque chose qui prend forme quelque chose d’un peu solennel dans ce que tu fais c’est un peu flippant mais en fait tu te dis que c’est cool. On est fier de représenter ce genre de chose que vont rechercher les gens.

Vous été aussi un peu dans l’écologie vous avez créé un site internet c’est ça ?

Alix : Non en fait on a bossé pour un site qui s’appelle mer-espace.com ce soir on va jouer pour eux parce que c’est des mecs qu’on aime bien et qu’on n’a jamais réussi à faire des concerts pour eux alors quand ils ont vu qu’on venait là ils nous ont demandé et on a dit pas de problème.

Donc vous avez bosser pour ce site-là ?

Alix : Oui ils font dans l’écologie et le développement durable, on vendait des maquette d’avions style nature et découverte.
Jaco : Moi c’est plus l’orange Bud que la cop 21

Dernière question rapide, j’ai lu que t’avais monté un live hard tek à l’époque t’as eu un passé un peu teuffeur et est-ce que c’est de la que vient ton amour pour le machine ?
 

Mattia : Ecoute oui j’ai forcément un peu commencé à faire du son avec des machines quand j’allai me perdre dans les bois au milieu des caissons, au bout d’un moment je me suis dit qu’il fallait que je sorte des bois parce que sinon j’allais y rester et puis la musique en groupe me manquait mais du coup voilà ça fait partie de mon petit chemin.

Merci à Odezenne pour cette longue interview !

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