Après l’arrivée massive du rap belge ces dernières années, c’est au tour du rap suisse de connaître une ascension fulgurante sur la scène francophone depuis les 3 dernières années. Propulsé par une scène genevoise dense en termes de styles, des collectifs tels que la SuperWak Clique composée de Makala, Varnish la piscine, Slimka et Di-meh sont en passe de devenir des visages importants dans le paysage du hip-hop francophone.

Les noms de ces 4 artistes résonnent aujourd’hui dans toutes les bouches dès qu’il est question de la scène helvète, et de très sérieuses attentes sont placées dans ces rappeurs prometteurs. Le collectif présente un panel très large en termes de musicalité, à la croisée des chemins entre les films audios expérimentaux aux sonorités Funk et pop de Varnish (comme dans le regard qui tue), et le style plus cru et découpé aux sonorités trap de Slimka et Di-meh. Le collectif attire ainsi la curiosité de nombreux amateurs de rap, grâce à la qualité de leur production et leur éclectisme. Face à ces nouveaux phénomènes, il semble intéressant de se pencher de plus près sur la carrière et le style de ces artistes du pays neutre.

Varnish la piscine

Producteur, auteur, interprète, Varnish La Piscine est un ovni ; son style semble en effet se situer entre plusieurs approches. Il apporte une couleur bien particulière à ses productions qui peuvent s’apparenter à un mélange de pop retro et de RnB aux touches funky. Varnish propose des projets conceptuels dans lesquels il nous plonge dans un univers surréaliste parsemé de références aux années 80.

Il s’illustre dans des projets tels que métronome pole dance twist amazone ou encore le regard qui tue, en tant que producteur et interprète aux cotés de Bonnie Banane et Makala. Ses projets se présentent comme des films audios, de véritables aventures absurdes dont il est aux manettes, allant même jusqu’à réaliser un court-métrage complet accompagnant métronome pole dance twist amazone, mettant ainsi en avant ses talents de réalisateur.

La superbe cover du projet métronome pole dance twist amazone de Varnish la piscine

Varnish apporte une forme de cohérence et de direction à l’échelle du collectif, plus particulièrement sur les projets de Makala, en figurant sur quasiment tous ses titres.

Makala

Makala propose un son qui se rapproche de celui de Varnish, qui produit la quasi-totalité de ses titres, bien qu’il auto-produise également certaines de ses tracks. Rappeur, producteur, auteur, réalisateur, l’artiste nous propose une vision complète et millimétrée. Makala propose des instrumentales peu communes aux sonorités décalées, se rapprochant parfois de la soul, oscillant entre des mélodies vocales douces et un flow presque parlé, accompagnés de clips mis en scène par le protagoniste lui-même ainsi que son collectif. Plein d’attitude et de franc-parler, Makala livre Radio suicide en 2019, excellent album qui a su plaire au public.

Di-meh et Slimka

Slimka et Di-Meh adoptent une direction qui est différente de celle des deux autres membres du groupe. Les deux compères ont des sonorités beaucoup plus trap dans leurs titres, souvent portés vers du kickage pur et dur.

Slimka apporte dans ses sons une dimension beaucoup plus crue en termes de flow de texte et de texture, que l’on retrouve dans une moindre mesure chez Di-meh.


La suite du projet prélude de Slimka devrait très probablement sortir en ce début d’année où il apparaîtra bien évidemment aux côtés de Di-meh.

Les deux jeunes suisses se sont par ailleurs tous deux illustrés début 2020 sur le projet de Slimka Tunnel vision prelude, ainsi qu’aux côtés de Caballero et JeanJass à l’occasion de la mixtape High et Fines Herbes, grâce auquel ils ont pu toucher un public plus large et ainsi gagner en notoriété.

Ce portrait d’un collectif qui, depuis plusieurs années déjà, s’évertue à la création d’œuvres originales, avait pour ambition de faire découvrir de jeunes rappeurs talentueux ayant su donner une impulsion au rap suisse à l’internationale, devenant par la même occasion les têtes d’affiches du rap dans le pays, et plus particulièrement de la scène genevoise.

Ces artistes à la carrière encore jeune sauront sans aucun doute toucher un public plus large à l’avenir, et permettront, on l’espère, d’apporter une visibilité plus que méritée au hip-hop venu du pays du chocolat.

Alexandre