La musique : un instrument de violence ?

In Le Mag by Julie Martin0 Comments

«  La musique chasse la haine chez ceux qui sont sans amour. Elle donne la paix à ceux sans repos, elle console ceux qui pleurent » Pablo Casals

La musique est « un art et une activité culturelle consistant à combiner sons et silences au cours du temps. Les ingrédients principaux sont le rythme (façon de combiner les sons dans le temps), la hauteur (combinaison dans les fréquences), les nuances et le timbre ».  Elle semble exister depuis toujours et constituer un moyen salvateur pour différents maux humains. Néanmoins, la musique se trouve quelque peu entachée par les caractéristiques sombres de l’Homme. Ainsi, il est tout à fait concevable de dresser un parallèle entre la violence et la musique.

Notons tout d’abord que la violence est un thème récurrent dans l’Art. Et l’Art a l’aptitude de modifier profondément une chose, en lui apportant esthétisme, structure, beauté. Dès lors, ce qui est supposé horrible, insupportable comme la violence, se retrouve remodelée grâce à l’Art. Nous le remarquons dans le style classique, par les opéras par exemple où la violence est omniprésente (notamment ceux de Richard Wagner, qui était un maître de la brutalité).

Dans quelles mesures la musique permet-elle de mettre la violence à distance, notamment dans les genres où celle-ci est intrinsèque ?

La violence – sonore, verbale ou bien visuelle – est très présente dans beaucoup de genres musicaux récents, comme le rap (au sens large) et certains genres de rock et de métal. Ainsi, certains auteurs, sociologues et médias rattachent certains comportements déviants à un genre musical. Si la musique avait un effet dynamogénique, c’est-à-dire accroîtrait le psychisme d’un organisme (cf : l’étude expérimentale de P.Fraisse, G.Oléron et J.Paillard), son influence sur le comportement des individus n’en reste pas moins indémontrable.

Image d’une caméra de surveillance de la cafétéria de l’université de Columbine 

La musique possède alors des attraits ambigus : elle est parfois rendue responsable de comportements violents, considérée comme support indispensable à la manipulation psychologique dans certaines circonstances (religieuses, militaires…). Ainsi, Timothée Picard, critique musical français, parle notamment de « politique musicale des nazis » pour souligner l’importance de la musique dans le régime totalitaire hitlérien.

Ainsi, la musique peut-être un instrument de manipulation comme un facteur de détente, de plaisir. Les acteurs influents du milieu musical ont donc à charge des conséquences de leurs musiques et de leur image scénique. Cela peut amener au débat : est-il rationnel de laisser un artiste renvoyer n’importe quelle image sous couvert que c’est un artiste ?

  • Un des exemple phare est Marilyn Manson, chanteur de rock mondialement connu, qui a composé son pseudonyme scénique à partir du nom de famille le plus célèbre des Etats-Unis : Charles Manson. Son choix est indicatif dans le sens où Charles Manson était une icône de la marginalité : « Mon père est votre système. Je suis ce que vous avez fait de moi. Je ne suis qu’une réflexion de vous. » avait-il déclaré.


Brian Hugh Warner – Mechanical Animals – 1999

En tant qu’artiste controversé, Marilyn Manson est souvent accusé d’inciter à la violence ses fans, notamment dans le film Bowling For Colombine (2002) de Michael Moore. En tant qu’amatrice de musique rock-métal au sens large, j’ai été frappée de stupeur lors de mon premier visionnage de ce documentaire. Portant sur la tuerie de masse exécutée par Eric Harris et Dylan Klebold dans l’université de Columbine, il soulève une problématique bien récurrente dans le milieu musical de Marilyn Manson : dans quelle mesure la musique métal peut-elle être ou rend-elle violent(e) ?

Marilyn Manson répond notamment à cette question dans une interview, après la présentation du documentaire :

Par ailleurs, il présente son album Holy Wood (2000) afin de répondre aux accusations des médias à l’encontre de M.Manson.

Photo de C.Manson – date non communiquée

  • De manière semblable, le groupe de rock/métal System of a Down a produit deux titres à l’effigie de Charles Manson. À la mort de ce dernier, le guitariste Daron Malakian a par ailleurs exprimé sa tristesse, en présentant la disparition d’une personne l’ayant beaucoup inspiré. En effet, le groupe aurait été fortement influencé par son paradigme lors de la production de l’album Toxicity ( 2002). Nous le voyons dans les titres :

X , qui représente le signe de multiplication ainsi que celui de scarification, signe qu’il arbore sur son front lors de son premier procès afin de montrer sa marginalité, son désaccord avec le système.

ATWA, qui est un acronyme anglais signifiant littéralement « l’air, les arbres, l’eau, les animaux et tout le vivant » (Air, Trees, Water, Animals and All The Way Alive), un terme créé par C.Manson.

  • Pareillement, le groupe de métal Suffocation a dédié une de ses musique au tueur en série Dennis Rader, alias BTK ( bind, torture and kill) à travers une musique éponyme.

Si ce choix d’influence peut brusquer, révolter, il faut garder en mémoire que la musique sert d’exutoire et permet de mettre à distance les violences commises (cf : l’ambivalence affective). Notons que les attraits personnels de ces personnes fascinent par leur conception des choses et leur vision du monde très différentes voire décalées par rapport à la « norme ».

  • C’est face à cette ambivalence que l’on voit un fossé se creuser entre les « adeptes de » et les autres. En suivant la logique expliquant que le métal était « dangereux », un reportage de la chaîne M6 de 2013 sur le plus grand festival de métal de France – le Hellfest – avait fait beaucoup de bruit, notamment à cause des dénigrements portés envers la communauté de métalleux. Une certaine apologie du mal dans les concerts était présentée et était couplée d’un degré de fabulation assez exceptionnel de la part des journalistes. Ce reportage a conduit à la réalisation d’une pétition exigeant des excuses puisque d’après ce reportage, le métal rendrait les gens « violents, irrespectueux et les convertirait au satanisme ».

Le reportage – à partir de 1 :38  : https://vimeo.com/71013580

La pétition : https://www.change.org/p/m6-excuses-publiques-pour-les-propos-diffamatoires-dans-zone-interdite-%C3%A0-propos-du-hellfest

Photo au sein du festival Hellfest – Session 2017

  •  Dans un autre registre musical, Richard Colson Baker (aka Machine Gun Kelly), célèbre rappeur américain, est un autre artiste ayant également prit un nom de hors-la-loi en guise de nom scénique, a l’instar de Marilyn Manson.
    Son choix peut se justifier par le fait que MGK était un gangster américain qui doit sa célébrité au kidnapping d’un magnat du pétrole et homme d’affaires dénommé Charles Urschel.

Néanmoins, de par son genre musical et son style, celui-ci reste moins sujet aux polémiques (et son nom reste moins choquant que celui de Manson).

 

Pour conclure,  la provocation constitue un élément omnipotent dans l’Art, en tant que moyen pour bousculer les idées préconçues. Cependant, la limite avec l’extrême/ le malsain/ le dangereux reste flou. Le piège serait de tomber dans la censure, car celle-ci ne peut constituer une solution. Seul le développement d’un esprit critique semble viable. Tout d’abord pour se prémunir soi-même des formes de manipulations possibles mais également pour mieux vivre, dans ce monde où il y a de tout.

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