« On est plein à kicker, fiston, c’est certain
On congédie les crétins lorsqu’on écrit des dessins animés nippons
Voici la frappe qu’on fournit : Susanô, Santōryū
Choisis ta façon d’mourir ! » – Caballero feat Senamo et Neshga

Au Japon, le 19ème siècle sera témoin de la naissance d’un nouveau type d’art : le manga. Au même titre que la bande dessinée franco-belge, il a été un moyen d’expression dans la presse écrite. Puis, au fil du temps il se développera grâce de grandes maisons d’édition comme Jump ou encore de grands mangakas (nom donné aux auteurs).


En France, il faudra attendre la fin des années 80 pour que les mangas et l’animation japonaise commencent à se faire une place. Peu à peu la présence de cette mode nippone envahira les écrans et les étagères des librairies des jeunes français et françaises. Les mangas et l’animation japonaise connaîtront donc un vrai essor dans les années 90 et la popularité de ces derniers n’a cessé de croître depuis ce jour. Aujourd’hui la France est le deuxième consommateur mondial de mangas devant les Etats-Unis et derrière le Japon.
Grâce à de grands éditeurs comme Glénat ou Kana le manga obtiendra une part de marché de 11,1% dans la bande dessinée en 2018. De plus, il a généré un chiffre d’affaire de 3,94 milliards d’euros. De tels chiffres témoignent de l’impact culturel que le manga a eu sur une génération de français mais aussi les nombreuse références qu’il leur a laissé.


Parmi cette génération, certains auront également été bercés par le rap des années 90 puis 2000 et deviendront même rappeurs. Alors, on retrouvera des références de mangas et d’animes dans un bon nombre de morceaux de rap à partir des années 2010. En effet, c’est la date où la jeunesse imprégnée des premiers animés en France est en âge de faire carrière dans le milieu de la musique et notamment du rap.

Si les rappeurs modernes décuplent les clins d’œil et multiplient les allusions à certains animés c’est qu’il y a un parallèle notable entre culture rap et comment fonctionne un certain type de manga. En effet, parmi tous les sous-genres de la bande dessinée japonaise, le shonen est de loin celui qui est le plus populaire. Le principe du shonen est de suivre l’histoire d’un jeune héros qui ne part de rien et qui à force de travailler dur deviendra le plus puissant de son univers, transmettant des valeurs fortes sur l’amitié, le courage et l’honneur.
C’est en fait le reflet de plusieurs rappeurs, qui s’identifient aux héros de shonen, car comme eux, ils ont souvent eu un passé difficile, n’étaient pas forcément fait pour une vie normale, mais à force d’acharnement, de s’entourer des bonnes personnes, de battre leurs concurrents, ils se sont hissés tout en haut. Le parallèle est tellement flagrant et palpable qu’il parait, avec un peu de recul, évident de retrouver toutes ces allusions aux animés dans les textes des « lyricistes » français.

La concordance entre les deux arts est telle, qu’une influence se fait surtout dans un sens : animé – rap. Aujourd’hui, le renvoi à certaines œuvres est omniprésent et le rap est vecteur de la popularité de certains animés. Certains morceaux y sont mêmes totalement dédiés comme Otaku de Caballero ou chaque punchline fait référence à un animé, de plus le rappeur Captaine Roshi y enrichit ses prods avec beaucoup de sample de bruitage de One Piece, enfin l’influence est tellement encrée de manière naturel qu’on oublierait presque que le rappeur Booba tient son nom de l’animé Seton Dōbutsuki Kuma no ko Jacky, plus connu en France sous le nom de Bouba le petit ourson. Ces quelques exemples ne sont qu’un infime fragment de la réalité de l’influence nippone sur notre rap français.

Pour terminer, avec le temps, et la popularisation du rap dans le monde entier, le manga a su s’adapter au genre musical puisqu’on retrouve certaines références au hip hop dans des classiques comme GTO, des animés comme Devilman Crybaby et en 2017 la sortit du premier tome de Rhyming Man, un manga dédié à l’histoire d’un rappeur. Ainsi la boucle est bouclée et nous pouvons nous réjouir que ces deux belles disciplines aient pu se trouver et nous faire plaisir dans ce qui marque la culture de notre époque.